À la pêche avec Katharine

Voilà, je m’en confesse : j’ai passé beaucoup de temps en compagnie des hommes, la plupart du temps dans des camps de pêche en Gaspésie… et j’ai adoré ça! Nos journées étaient consacrées à la pêche et le soir, nous nous rassemblions sur la terrasse ou autour d’un feu, un verre à la main, et nous discutions. Il n’était pas question de politique, ni de la santé de nos enfants et encore moins de recettes; nous parlions de pêche. Quelle mouche as-tu utilisée? À quelle distance te trouvais-tu? Combien de levées as-tu faites? Et ça continuait comme ça pendant des heures! J’ai une autre confession à faire : je préfère écouter plutôt que parler. Peu de choses me réjouissent autant que d’entendre une bande de gars se raconter des histoires et s’esclaffer. C’est comme une drogue pour moi! Je ne veux pas gâcher ces moments magiques en y ajoutant le son de ma voix. 

J’ai en mémoire de nombreuses histoires de poissons levés, ferrés, perdus ou remis à l’eau… et d’innombrables blagues qui font tant rire les hommes, parfois aux dépens des femmes! Une part importante de ma mémoire est rattachée aux excursions de pêche que j’ai faites sur plusieurs rivières de la Gaspésie, accompagnée bien souvent par Sandy Young, Gary Anderson et Bob Tilden, mes bons amis. La Petite Cascapédia était une rivière tout à fait spéciale pour nous. En fait, Sandy avait même créé une mouche appelée « La Petite » et qui faisait des merveilles. C’était notre meilleure mouche. Son corps présentait une teinte bien spéciale de vert et de bleu, et ma boîte à mouches était remplie de créations de Sandy, dont les formes variées convenaient à diverses conditions de l’eau. 

En 2000, je suis allée au Camp Bonaventure. Sandy ne pouvait pas m’y accompagner puisque son cancer du pancréas était à un stade avancé, mais il m’a souhaité bonne chance. Il m’a aussi rappelé d’emporter La Petite avec moi. Un jour que c’était mon tour d’aller sur la Petite Cascapédia, on m’a laissé entendre que nous reviendrions probablement bredouilles puisque les niveaux d’eau étaient extrêmement bas. J’ai donc pris La Petite et, vous vous en doutez bien, j’ai ferré un poisson à la surprise du guide. Je l’ai perdu… ou devrais-je peut-être dire : « il a repris sa liberté »? 

J’ai essayé de téléphoner à Sandy pour lui raconter ce miracle, mais le cellulaire ne fonctionnait pas aux alentours de la fosse. Plus tard, nous sommes allés à un autre endroit sur la rivière pour prendre notre dîner. Pendant que le guide s’affairait au repas, j’ai mis ma ligne à l’eau au détour de la rivière, en utilisant encore une fois La Petite. Après quelques lancers – tous infructueux – j’ai relancé la ligne et la mouche est allée se planter droit dans l’arbre derrière moi. Quel épouvantable lancer, Katharine! Plutôt que d’essayer de grimper pour la récupérer, j’ai tiré jusqu’à ce que la ligne se libère… mais la mouche, elle, est restée piquée dans l’arbre. J’étais dans tous mes états!

À mon retour à la maison, j’ai appris que Sandy était parti pour la Grande Fosse à saumons, au firmament (il était mort), juste au  moment où j’avais perdu ma Petite. 

Les rivières de la Gaspésie recèlent de nombreux souvenirs de pêcheurs et de poissons ferrés, remis à l’eau et perdus. Les souvenirs, comme les cendres, s’envolent au moindre souffle! Mais moi, je les garde précieusement… et vous?

Katharine

Originaire du nord du Nouveau-Brunswick, Katharine Mott a eu deux maris et quatre fils en Nouvelle-Écosse, et a fait carrière dans l’enseignement. Bénévole de longue date pour la protection du saumon atlantique, ancienne présidente de la Nova Scotia Salmon Association, membre des conseils de la Fédération du saumon atlantique et de la Fondation pour la conservation du saumon atlantique, elle a pêché le saumon dans la plupart des rivières des cinq provinces de l’Est du Canada, y compris Anticosti. Elle a construit et été copropriétaire du Rifflin’ Hitch, un pavillon de pêche situé à Terre-Neuve-et-Labrador. Maintenant à la retraite, Katharine passe le plus de temps possible à la pêche au lancer en eaux vives. Elle collabore régulièrement à notre bulletin.